L’indignation de Moïse

Dans lequel Moïse se lamente sur notre pauvre monde.

Texte :                  Le Coran, sourate 18, versets 60-82

Moïse était en recherche, étranger dans son propre pays. Un jour, il décida de consacrer sa vie à la cause de la paix, et il partit à l’Orient, dans un pays en guerre, pour soigner les blessés.

La vie était dure, le confort inexistant, le risque d’être pris dans les bombardements, quotidien, mais Moïse continuait inlassablement à soigner, à écouter, à consoler.

A force, il finit par maîtriser la langue du pays au point de pouvoir mener une conversation. Une femme lui raconta comment elle et sa famille avaient tout perdu en un jour, leur magasin, leur maison, leur voiture, le fruit de longues années de labeur. Moïse était révolté par tant d’injustice. La femme qui se tenait devant lui, très digne, était vêtue de haillons, ses enfants crasseux, elle n’avait plus rien à elle. Il lui fit part de la colère qui bouillait en lui.

La femme lui dit : « Allah donne et Allah reprend. C’est lorsque nous nous attachons aux choses que nous devenons violents et injustes. Les gens qui ont détruit ma maison l’ont fait parce qu’ils pensaient avoir quelque chose à perdre, quelque chose de grande valeur. A cause de ce mensonge, ils ont perdu ce qui avait réellement de la valeur pour eux. »

Un jour, on apporta un enfant couvert de sang. La réanimation échoua : l’enfant était mort de ses blessures. Devant ce visage angélique, devant l’innocence assassinée, quelque chose se brisa en Moïse. Il se retira dans un endroit discret pour pleurer et hurler sa rage.

Un imam, passant à proximité, entendit ses cris et s’approcha. Il dit à Moïse: « Tant que nous nous verrons les uns les autres comme impurs, infidèles, des enfants comme celui-ci mourront. Comprends, Moïse, que c’est là l’ordre des choses tel que voulu par Allah »

Moïse hurla : « Dieu a voulu cela ? »

L’imam répondit : « Tu n’as pas la patience. Ce n’est pas dans la paix et la prospérité que nous apprenons, mais dans les larmes et le sang. Tant que leur rage deviendra ta rage, le sang des innocents coulera. Chasse la haine de ton cœur. »

« Le tyran qui tue nos enfants est toléré par Allah parce qu’il représente la loi et l’ordre. Sans lui, ce pays sombrerait dans des violences bien pires encore. Ce n’est pas la volonté d’Allah, mais c’est la conséquence de notre aveuglement. Allah consolide les murs de l’ordre violent des humains parce que nous ne sommes pas prêts à déterrer le trésor qui se trouve dessous, et tant que nous ne serons pas prêts, ces murs nous protégeront de nous-mêmes. Ne réfléchis-tu donc pas ? C’est par sollicitude pour nous qu’Allah agit ainsi. »

« Il nous faut encore grandir pour pouvoir remplacer la violence par l’amour. Le jour venu, c’est nous qui abattrons ces murailles. Serait-ce au Maître de faire les travaux lourds ? Non, vraiment, c’est à ses ouvriers qu’Il délègue la tâche ».

Auteur : Hervé van Baren

Ingénieur, visiteur de prison et engagé en non-violence

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