St Paul, prophète de l’amour (4)

Une lecture de la première épître aux Corinthiens.

Texte : https://lire.la-bible.net/lecture/1+corinthiens/4/1

Chapitre 4. Le langage parabolique de Paul.

"Que préférez-vous ?
Que je vienne à vous
avec des verges
ou avec amour et dans
un esprit de douceur ?"

Après avoir insisté sur la nécessité d’un langage parabolique, Paul nous en livre la clé. Dans les chapitres qui vont suivre, il se substituera à l’humain aveugle, afin que nous ne puissions pas nous reconnaître dans le portrait qu’il brosse.

Ayant rappelé la nature de sa mission d’apôtre, Paul éclaire une nouvelle facette du dualisme hommes / Dieu : le jugement. Ne jugez pas à la manière des hommes ! Pour autant, vous ne pourrez pas juger en conscience « avant que vienne le Seigneur » (v.5). Les allusions apocalyptiques sont toutes à mettre en lien avec le basculement entre les deux langages de la parabole, qui lui-même est concordant avec le basculement vers la sagesse de Dieu.

5Par conséquent, ne jugez pas avant le temps, avant que vienne le Seigneur. C’est lui qui éclairera ce qui est caché dans les ténèbres et mettra en évidence les desseins des cœurs. Alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient.

Passer d’une lecture « charnelle » à une lecture « spirituelle », et la « venue du Seigneur », ce sont deux événements indissociables. Il ne s’agit pas d’une prouesse intellectuelle, mais d’un retournement de l’être, qui rend capable de reconnaître la parole divine au-delà de la parole humaine.

6C’est à cause de vous, frères, que j’ai présenté cela sous une autre forme, en l’appliquant à Apollos et à moi-même, afin qu’à notre exemple vous appreniez à ne pas vous enfler d’orgueil en prenant le parti de l’un contre l’autre.

Le verset 6 est la clé de lecture de l’épître. Il s’appuie sur les versets qui précèdent, sur la suite logique de causes et de conséquences. Parce que nous sommes persuadés détenir la sagesse et la vérité, orgueilleux autant qu’aveugles, le langage parabolique est le seul qui puisse percer les murs de notre inconscience. Paul aimerait bien pouvoir s’adresser à nous comme à des êtres conscients et responsables, mais parce qu’il n’en est pas ainsi, lui et ses compagnons (allusion aux prophètes) doivent se résigner à la « dernière place, comme des condamnés à mort ».

Tentons de traduire les mots mystérieux du verset six en langage prosaïque, avec l’aide des explications qui précèdent :

Aucune parole directe et sensée ne pourra jamais percer les murailles de votre inconscience. Vous n’êtes pas prêts à l’entendre. Dans les chapitres qui suivent, je vais prendre la place de l’humanité. Ce que je vais dire de vous, je vais « le présenter sous une autre forme », « [l’appliquer] à Apollos et à moi-même ». Je vais me présenter à vous comme l’archétype de l’humain aveugle, orgueilleux, borné, violent. Le jour où vous comprendrez que ce n’est pas de moi qu’il s’agit, mais de nous, les humains, ce jour vous serez aussi capables de contempler votre violence sans succomber, et de vous convertir. D’ici là vous entendrez dans mes paroles ce que vous voudrez entendre : une confirmation de la justesse de vos cultures, de vos croyances, de vos mœurs, de vos choix de vie.

Le verset six est l’aboutissement des quatre premiers chapitres de l’épître, qui forment le « discours sur la méthode ». Dans cette longue introduction, Paul explique la raison du langage parabolique qu’il va utiliser dans la suite, et en ébauche les règles. Nous verrons à quel point cet éclairage est précieux pour l’exercice surhumain consistant à discerner, dans les écritures, ce qui est des hommes et ce qui est de Dieu.

Auteur : Hervé van Baren

Ingénieur, visiteur de prison et engagé en non-violence

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