St Paul, prophète de l’amour (6)

Une lecture de la première épître aux Corinthiens.

Texte : https://lire.la-bible.net/lecture/1+corinthiens/6/1

Chapitre 6 :    des procès entre nous.

"Tout m’est permis,
mais moi je ne me laisserai
asservir par rien"

Sur les procès que nous nous faisons les uns aux autres, et l’utilisation des écritures pour justifier notre droit à faire violence.

Dans le chapitre six, Paul s’attaque à notre tendance à tout juger (v. 1 à 11). L’efficacité de la justice humaine dépend d’une condition, celle de désigner au sein de la collectivité des individus « purs et saints », des juges considérés comme incorruptibles et impartiaux. Le magnifique édifice de la justice des hommes repose pourtant entièrement sur une fausse idée, à savoir notre capacité à rendre une justice juste.

2Ne savez-vous donc pas que les saints jugeront le monde ?

demande Paul, et même si c’est vrai, cette question entraîne la suivante :

5[…] Ainsi, il ne se trouve parmi vous aucun homme assez sage pour pouvoir juger entre ses frères ?

Dont la réponse, nous le savons bien, est non. L’orgueil est également au travail, lorsque nous prétendons avoir le droit de juger jusqu’aux anges :

3Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ?

Affirmation qu’il est permis de trouver absurde. Par contre, c’est la vérité qui transparaît dans les versets sept et huit, pour peu que nous soyons capables de l’entendre :

7De toute façon, c’est déjà pour vous une déchéance d’avoir des procès entre vous. Pourquoi ne préférez-vous pas subir une injustice ? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller ? 8Mais c’est vous qui commettez l’injustice et qui dépouillez les autres ; et ce sont vos frères !

Nous pouvons ajouter un autre critère dans notre boîte à outil d’aide au discernement. Lorsqu’on rencontre dans le texte des versets du genre :

5Je le dis à votre honte

On peut être sûr que Paul a revêtu les habits de l’humain violent. Plus loin, aux versets neuf et dix, il nous livre une longue liste de noms d’oiseaux, pour préciser ensuite :

11Voilà ce que vous étiez, du moins quelques-uns.

Pour repérer l’instant où le discours se retourne, le basculement vers une parole spirituelle, des mots tels que mais sont précieux :

11[…]Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu.

Sans transition, Paul passe à son thème favori, la liberté. A priori, il n’y a rien à redire au premier verset de ce passage :

12« Tout m’est permis », mais tout ne convient pas. « Tout m’est permis », mais moi je ne me laisserai asservir par rien.

Ni au dernier :

20Quelqu’un a payé le prix de votre rachat. Glorifiez donc Dieu par votre corps.

Mais comment articuler ces maximes avec les considérations sur le corps qui les séparent ? La difficulté croît jusqu’à la comparaison surprenante avec le corps de la prostituée, et le dévoiement de la citation de l’Evangile :

16Ne savez-vous pas que celui qui s’unit à la prostituée fait avec elle un seul corps ? Car il est dit : Les deux ne seront qu’une seule chair.

La descente du spirituel vers le charnel est progressive, elle a lieu par étape. Elle commence par la perversion de l’idée de résurrection, qui nous donne l’impression que notre corps est immortel. La suite est une argumentation très faible. Comment passer des corps, membres du Christ, à l’union charnelle avec une prostituée ? Seuls les mots lient ces phrases, pas les idées : membre du Christ – membre de prostituée – union avec une prostituée – une seule chair, tout cela n’a pas beaucoup de sens. Ce qui est en procès ici, c’est notre tendance à faire un lien formel entre les versets de la Bible sur base de relations qui n’en sont pas. Le but de cet exercice est de donner des fondations solides à l’ordre violent des hommes, de justifier tout et n’importe quoi. En réalité, nous dit Paul, c’est en esprit que nous sommes unis au Christ ; autrement dit, la lecture spirituelle interdit implicitement d’utiliser les versets de la Bible pour le genre de démonstration spécieuse qui est exposé ici. A partir du verset dix-sept, les choses redeviennent cohérentes.

19Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ?

Nous cherchons toujours le sens profond des versets, chez Paul comme dans les autres livres de la Bible, or le langage parabolique, en décrivant le monde à partir de notre point de vue d’aveugles, expose souvent l’absence de sens, l’absurdité du raisonnement et sa motivation malhonnête.

Auteur : Hervé van Baren

Ingénieur, visiteur de prison et engagé en non-violence

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