St Paul, prophète de l’amour (8)

Chapitre 8 :    Sur les carnivores et les végétariens.

"La connaissance enfle,
mais l’amour édifie."

Se libérer des conventions arbitraires, mais sans scandaliser l’Autre.

Paul traite son sujet– la consommation de viandes sacrifiées – de façon décalée. Les trois premiers versets opposent la tendance humaine à avoir des avis définitifs sur tout à la voie de l’amour. Les suivants reprennent le même schéma – le sujet de la viande, qui n’est aucunement traité, suivi de considérations sur les idoles et sur Dieu. Cette répétition n’a d’autre but que de montrer le lien entre notre prétention à la connaissance et notre idolâtrie, d’une part, et d’autre part l’amour et la foi en un Dieu unique. Cette petite parabole double avertit le lecteur que les considérations qui suivent ne sont pas à prendre à la lettre, mais bien à interpréter à la lumière de cette différence de points de vue.

Dans la suite, la voix trop humaine que Paul incarne fait usage de cette « connaissance » pour accuser l’Autre de comportement idolâtre. C’est l’orgueil de celui qui croit détenir la vérité qui l’autorise à voir chez les autres ce qu’il est incapable de voir en lui-même :

7[…] leur conscience, qui est faible, en est souillée.

Au verset huit, Paul remet les choses à leur place :

8Ce n’est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu : si nous n’en mangeons pas, nous ne prendrons pas de retard ; si nous en mangeons, nous ne serons pas plus avancés.

Mais aussitôt, il nous avertit :

9Mais prenez garde que cette liberté même, qui est la vôtre, ne devienne une occasion de chute pour les faibles. 10Car si l’on te voit, toi qui as la connaissance, attablé dans un temple d’idole, ce spectacle édifiant ne poussera-t-il pas celui dont la conscience est faible à manger des viandes sacrifiées ? 11Et, grâce à ta connaissance, le faible périt, ce frère pour lequel Christ est mort.

On retrouve dans ces versets la même réflexion que dans la parabole du chapitre précédent, des versets dix-sept à vingt-quatre. La liberté que confère l’Esprit nous autorise tous les actes interdits ; mais si ces actes conduisent à scandaliser ou à blesser ceux qui n’ont pas encore acquis cette liberté, alors celle-ci n’a pas de valeur dans l’ordre de l’amour. Tout est permis, mais tout ne convient pas. La liberté à laquelle aspirent les humains est illusoire. La liberté n’est pas un absolu ; elle est asservie à la relation, à l’amour.

Chapitre 9 :     Orgueil et névrose du prophète.

Dans ce surprenant chapitre, aux accents freudiens, Paul va nous faire ressentir les sentiments contradictoires qui peuvent animer un humain.

Le sujet, l’apostolat de Paul et de ses camarades, est l’excuse de la parabole. En réalité, elle va nous montrer ce qui lie des comportements humains en apparence sans relation entre eux. En faisant abstraction de son métier de prophète, on peut traduire l’état psychique du narrateur en termes profanes :

  • Avec tout ce que j’ai fait pour vous… (vanité) (v. 1-2)
  • et bien que beaucoup soient des ingrats, qui ne me prennent pas au sérieux… (paranoïa) (v. 3)
  • j’estime avoir droit à certaines compensations… (logique de rétribution) (v. 4-11)
  • mais je suis tellement peu sûr de moi que je me sens obligé de le justifier par de nombreux arguments… (doute profond) (v. 4-11)
  • et pour bien prouver à quel point je suis parfait… (narcissisme)
  • je vais m’abstenir de faire valoir mes droits, pourtant évidents… (orgueil, fausse modestie) (v. 12, 15)
  • parce que cette mission m’est imposée à mon corps défendant… (névrose) (v. 14, 17)
  • et si je ne la remplis pas je serai sévèrement puni… (peur primordiale, vision pervertie de Dieu) (v. 16)
  • Il me faut donc prouver ma valeur en étant efficace… (confusion entre être et faire) (v. 19-22)
  • et pour cela tous les moyens me sont permis… (la fin justifie les moyens) (v. 19-22)
  • y compris la ruse et la tromperie… (hypocrisie) (v. 20-22)
  • pour finalement recevoir ma juste récompense. (démarche intéressée) (v. 23)

Comme on le voit, le tableau est assez complet. Il est assez éloigné, faut-il le dire, du message que porte Paul, pas si éloigné que cela de nos névroses ordinaires.

Les quatre derniers versets font l’apologie de la compétition féroce, de la rivalité violente ; le dernier est un sommet de dévoiement du message évangélique, motivé par la peur.

27Mais je traite durement mon corps et le tiens assujetti, de peur qu’après avoir proclamé le message aux autres, je ne sois moi-même éliminé.

En réalité, Paul vit son apostolat dans un état d’esprit inversé en tout par rapport à ce que suggère le chapitre. Il reçoit la révélation dans une crise, mais celle-ci dépassée, il accepte sa mission en toute liberté, dans la gratitude et dans la joie. Il ne demande rien en retour de son témoignage. Il est reconnaissant des plaisirs de la vie, qu’il accueille en rendant grâce ; il ne cherche à sauver personne parce qu’il comprend que la liberté qu’il a gagnée, il doit la respecter chez les autres. Sa démarche est humble parce que la conscience acquise lui fait voir ses faiblesses autant que ses forces ; il accepte les unes comme les autres. Il ne cherche pas l’efficacité, mais la vérité.

Auteur : Hervé van Baren

Ingénieur, visiteur de prison et engagé en non-violence

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