St Paul, prophète de l’amour

Après une petite pause, le blog change de ton pendant l’été. Les prochains articles seront consacrés à une relecture de la première épître aux Corinthiens.

St Paul est déconcertant. Bien des versets chantent la liberté dans et par l’amour, bien d’autres semblent couper aussitôt les ailes à cette liberté tant désirée. L’Esprit plutôt que la loi, proclame Paul, mais à peine avons-nous le temps de nous réjouir de cette révolution libératrice qu’il se transforme en gardien des conventions les plus raides, de la loi la plus desséchante, du puritanisme le plus sec. Le diagnostic est aisé : névrose ! Tiraillé entre la révélation de l’amour qui le foudroie sur la route de Damas et ses certitudes de Juif légaliste, Paul est incapable de choisir.

A moins que… Et si ce langage paradoxal cachait une autre réalité ? Dans cette lecture de la première épître aux Corinthiens, nous allons oublier tout ce que nous croyons savoir sur St Paul. Au lieu de projeter nos connaissances et nos idées reçues sur le texte, nous allons le laisser faire son travail de révélation et de transformation sur nous. Peut-être découvrirons-nous ainsi que St Paul est bien le disciple du Christ Sauveur, infiniment plus conscient que nous, et que les névrosés ne sont pas ceux qu’on croit…

Chapitre 1 :     Des hommes et un Dieu.

"nous prêchons un Messie crucifié,
scandale pour les Juifs,
folie pour les païens"

Dans le premier chapitre, Paul pose les bases de son témoignage à partir de deux concepts. Premièrement, le contraste entre la cité de Dieu et la cité des hommes. La grâce d’une part, les dissensions de l’autre. En Dieu et en Jésus-Christ, tout est concorde et communion ; dans le monde des humains règnent les disputes. Le deuxième concept est celui du déni et de l’aveuglement des humains, qui sans cesse confondent la violence et l’amour, si bien que quand ils reçoivent une parole de vérité, elle les scandalise et ils la rejettent. Le constat de Paul, c’est que les humains prennent pour folie et scandale ce qui est sagesse, et pour sagesse ce qui les maintient en servitude. Cet aveuglement anthropologique justifie le texte qui suit. L’épître aux Corinthiens répond à la question : comment remettre les choses à l’endroit ?

La salutation s’adresse à l’Eglise de Corinthe, présentée par Paul comme l’assemblée de « ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus ». Les Corinthiens sont-ils déjà saints ? Certes, il ne leur manque « aucun don de la grâce » (v. 7), ils ont tout reçu ; pour autant, ils en sont encore à attendre « la révélation de notre Seigneur Jésus-Christ » (v. 7). La sainteté n’est donc pas une conséquence automatique et immédiate de la conversion au Christ, mais une promesse pour le futur, comme le confirme l’allusion apocalyptique au « jour de notre Seigneur Jésus-Christ » (v. 8).

L’introduction bascule rapidement dans la dénonciation des divisions qui règnent : « il y a des discordes parmi vous » (v. 11). Chacun se revendique d’un courant apostolique au lieu de faire communion en Christ. Voilà une description d’une communauté humaine qui pourrait fort bien s’appliquer à toutes les communautés humaines.

Dans la suite nous ferons l’hypothèse que Paul utilise les Corinthiens comme métaphore de toutes les collectivités humaines. On peut bien sûr prendre ses allusions au baptême des membres de l’Eglise (v. 13 à 17) comme un fait historique, mais avec le langage métaphorique, ces « faits » deviennent l’intrigue d’une histoire (inventée ou non, basée sur des faits réels ou non) qui cherche à révéler des vérités anthropologiques, universelles sur l’humain. La mission de Paul c’est l’annonce de l’Evangile (v. 17), et bien plus que de parler de son action à Corinthe, c’est ce que Paul va faire dans la suite.

Jusqu’au verset 17 on a donc un portrait dual de l’humanité, déchirée entre la communion et la discorde, l’amour et la violence. La situation ne serait pas si catastrophique si les humains étaient capables de choisir entre ces deux faces de leur nature. Malheureusement, notre aveuglement nous condamne à la confusion entre le bien et le mal. Même « la sagesse des sages et l’intelligence des intelligents » (v. 19) participe au monde délictueux des humains. On a là une première allusion à la nécessité d’un langage « de folie » :

21En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient.

C’est un langage résolument différent du langage de sagesse et de raison auquel les humains s’accrochent. Malgré cet avertissement clair, nous n’aurons de cesse jusqu’à ce jour d’interpréter les écrits de Paul avec notre langage à nous.

Paradoxalement, les propos de Paul sont raisonnables, cohérents, ses arguments sont imparables. L’humanité inconsciente et violente pense détenir la sagesse avec son langage de raison ; dès lors, l’ordre divin ne peut se révéler à elle que par un langage déraisonnable, fou et scandaleux. La raison ne peut pas vous donner la vue, dit Paul ; aucun discours de sagesse humaine ne peut vous révéler la réalité de la croix, « scandale pour les Juifs, folie pour les païens » (v. 23), mais une fois touchés par l’Esprit, par son langage irrationnel et scandaleux pour vous, alors la vérité vous apparaîtra :

25[…] ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.

C’est donc un double basculement, celui de notre perception du réel et celui du langage utilisé pour le décrire, que Paul annonce ici. Il le complète par un troisième aspect, celui de l’Eglise au sein de laquelle ce basculement doit se réaliser (v. 26 à 31).

27Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort.

Elle n’échappe pas à la règle : elle devra, pour confondre les mensonges des humains, se faire petite, humble, persécutée, à l’opposé de toutes les recettes humaines dont les ingrédients sont pouvoir, force, domination, orgueil.

31afin, comme dit l’Ecriture, que celui qui fait le fier, fasse le fier dans le Seigneur.

La première épître aux Corinthiens débute par le constat de l’incompatibilité du langage des humains avec la Parole de Dieu que Paul, ses amis et les prophètes qui l’ont précédé veulent nous faire entendre. Dès lors, comment s’adresser à nous ? Les trois chapitres suivants s’attèlent à résoudre cet épineux problème.

Auteur : Hervé van Baren

Ingénieur, visiteur de prison et engagé en non-violence

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